Nous qui avons connu Solange

« Nous qui avons connu Solange » de Marie Vareille : son roman le plus puissant ?

« Le jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles. »

Une première phrase comme ça, et vous posez le livre ? Impossible. J’ai lu « Nous qui avons connu Solange » un soir où je pensais juste feuilleter les premières pages. Je l’ai refermé bien après minuit, les yeux un peu brillants, avec ce sentiment rare, celui d’avoir rencontré des femmes qui allaient rester en moi longtemps. Le dernier livre de Marie Vareille, c’est ça : une histoire qui ne vous lâche pas, qui remonte à la surface le lendemain matin, qui vous fait penser à votre grand-mère, à votre mère… à vous.

« Nous qui avons connu Solange » : de quoi parle ce roman ?

On est en Corrèze. Célestine grandit dans une ferme, les mains dans la terre et les yeux tournés vers ailleurs. Elle veut étudier, elle veut partir, elle rêve d’autre chose dans un monde qui lui répète que sa place est ici, point. En Gironde, Solange est internée. Enfermée dans une école de préservation pour jeunes filles jugées « déviantes », comprenez : des adolescentes qui ont osé ne pas rentrer dans le moule. Leur seul crime ? Exister un peu trop fort.

Deux femmes. Deux destins que tout semble opposer. Et pourtant un secret les lie, quelque chose d’enfoui, de trouble, que Marie Vareille distille avec une maîtrise redoutable. Pourquoi Solange déteste-t-elle tant Célestine ? Qu’est-ce que Célestine a bien pu faire pour se qualifier elle-même de meurtrière ? « Nous qui avons connu Solange »est une fresque sur quatre générations de femmes de la France de nos arrière-grands-mères jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas seulement un roman historique. C’est une transmission. Une mémoire collective que Marie Vareille exhume avec une douceur et une violence mêlées, comme on retourne la terre pour en faire sortir ce qui était enfoui depuis trop longtemps.

Paru le 11 mars 2026 aux éditions Flammarion, il est aussi disponible en version audio et pour ce roman-là, se laisser porter par une voix doit être une expérience à part entière.

Dernier livre de Marie Vareille

Une construction narrative brillante

Ce qui frappe en premier, c’est l’architecture du roman. Marie Vareille ne raconte pas une histoire de façon linéaire. Elle la construit par couches, comme on feuillette un album de famille en désordre, et c’est précisément ce qui la rend si puissante. Le récit alterne plusieurs voix et plusieurs supports : le manuscrit de Célestine, les lettres de Solange, les souvenirs de Jeanne, le présent de Manon. Chaque voix apporte son angle, son époque, sa vérité. Et l’on comprend peu à peu qu’aucune histoire familiale ne se livre d’un seul bloc. La mémoire fonctionne ainsi, par éclats, par ce qu’on choisit de taire autant que par ce qu’on finit par dire.

Célestine écrit avec les pieds dans la terre, dans une langue directe, charnelle, ancrée dans le quotidien. Solange, elle, écrit comme on respire sous l’eau. Ses lettres sont d’une beauté poétique qui serre la gorge. Deux femmes, deux façons d’habiter le monde, deux façons de résister. Et puis il y a ce suspense. Discret, constant, jamais artificiel. On cherche le fil, on croit le tenir… et on se trompe. Quand la vérité éclate, elle bouleverse tout. On comprend alors que Marie Vareille avait semé les indices depuis le début, sous nos yeux.

Les thèmes abordés : féminisme, transmission et mémoire

Marie Vareille traverse un siècle entier pour nous rappeler ce que des générations de femmes ont dû affronter pour simplement exister. Les grossesses non désirées, les mariages imposés, les corps contrôlés, les voix que l’on fait taire, tout cela est là, traité avec une justesse qui ne verse jamais dans le militantisme facile. Ce n’est pas un manifeste. C’est bien plus subtil et bien plus dévastateur que ça.

Ces femmes se battent rarement pour elles seules, elles se battent pour ouvrir une brèche, pour que la suivante ait un peu plus d’espace pour respirer. Il ressort quelque chose d’immensément émouvant dans cette idée que la liberté ne se conquiert pas en une génération, qu’elle se passe de main en main, parfois dans le silence, parfois au prix de sacrifices que personne ne verra jamais.

Les thèmes abordés sont forts et universels, droits des femmes, patriarcat, avortement, maternité, santé mentale, filiation, mais Marie Vareille ne les assène pas. Elle les fait vivre à travers des femmes de chair et d’os, imparfaites et magnifiques, et c’est pour ça qu’on ne les oublie pas. « Nous qui avons connu Solange » n’est pas qu’un roman sur le passé. C’est un roman sur ce que nous leur devons.

Pour qui est fait « Nous qui avons connu Solange » ?

Honnêtement ? Pour beaucoup de monde. Mais laissez-moi être plus précise. Si vous aimez les fresques familiales multigénérationnelles, celles qui traversent un siècle et vous font remonter le fil de vos propres racines, vous allez être servis. Si les romans féministes engagés vous parlent, ceux qui ne font pas de bruit inutile mais qui vous remuent en profondeur : foncez !

Si vous êtes lectrice ou lecteur de Virginie Grimaldi, de Julien Sandrel ou d’Agnès Ledig, vous retrouverez cette même capacité à raconter des vies ordinaires avec une émotion extraordinaire. Cette façon de vous faire aimer des personnages en quelques pages, de vous faire serrer le cœur pour des gens que vous n’avez jamais rencontrés. Et si vous avez déjà lu Désenchantées ou La Dernière Allumette, vous savez déjà ce qui vous attend et vous savez aussi que Marie Vareille ne déçoit jamais.

Une dernière chose à savoir : « Nous qui avons connu Solange » a été sélectionné en première liste pour le Prix Maison de la Presse 2026. Une reconnaissance qui ne m’a pas surprise une seule seconde.

Mon verdict final sur le dernier livre de Marie Vareille

Je vais être franche avec vous : je n’ai pas de critique à formuler sur ce roman. Pas une. J’ai cherché, vraiment. Je n’ai rien trouvé. Ce livre m’a traversée. L’aspect féministe, loin d’être pesant, agit comme une piqûre de rappel salutaire sur tout ce que des générations de femmes ont enduré, sur les droits arrachés un à un, sur tout ce qui reste encore à conquérir. On referme le livre avec cette conscience-là, vivante et inconfortable, et c’est exactement le rôle que la littérature devrait avoir. J’observe une chose avec Marie Vareille depuis que je la lis : chaque nouveau roman est meilleur que le précédent. Ce n’est pas si courant. C’est même assez précieux. « Nous qui avons connu Solange » confirme, s’il en était encore besoin, qu’elle est l’une des voix les plus importantes de la littérature française contemporaine.

Lisez-le. Offrez-le. Parlez-en. Et si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à lire mon avis complet sur Marie Vareille.

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